PRE, Professeur Référent de groupe d’Elèves : Sparadrap sur les plaies de la réforme du lycée

(actualisé le )

PRE, Professeur Référent de groupe d’Elèves : Sparadrap sur les plaies de la réforme du lycée
Version téléchargeable et imprimable

Dans le contexte de la réforme du lycée mise en place depuis la rentrée 2019, le comité de suivi du 4 décembre 2019 fait état d’un certain nombre de problèmes liés à l’exercice des missions des professeurs principaux. La multiplication des parcours individualisés et l’impréparation quant aux implications de ceux-ci sur la structure classe engendrent des perturbations très importantes quant au fonctionnement du groupe classe et compliquent l’organisation des conseils de classe. La solution envisagée consiste en la création de la fonction de professeur référent de groupe d’élèves afin de pallier ces difficultés.

Incohérences : courbes en hausse

Dans sa note d’information de novembre 2020 [1], la Depp (Direction de l’évaluation, de la prospective et de la performance) indique que depuis la réforme du lycée, deux heures sur trois sont dispensées en groupe en première générale contre une sur deux en 2018. Conséquence : pour une classe de 1ere générale qui se trouve dans un enseignement de tronc commun, on dénombre en moyenne 36 groupes dans lesquels des élèves de cette classe suivent des cours contre 14,5 en 2018, puisqu’un seul élève peut appartenir à plusieurs groupes.

Un groupe, en enseignement de spécialité ou optionnel est composé d’élèves provenant en moyenne de 3,4 classes contre 1,9 en 2018. Dès lors, le groupe classe explose, avec les conséquences néfastes que cela provoque en termes de cohésion et de socialisation. Cependant, qui dit groupe ne dit pas pour autant moins d’élèves face aux enseignants. Davantage d’heures en groupes ne signifie pas un meilleur taux d’encadrement. En effet, la Depp remarque que ce taux, en première générale, « augmente toutes disciplines confondues, passant de 24,8 élèves par enseignant en 2018 à 25,4 élèves en 2019 ».

Des professeurs principaux débordés par cette nouvelle structure classe éclatée

Ce constat établi, il est aisé de comprendre que du fait de cet éparpillement, les professeurs principaux ont du mal à s’y retrouver, ne disposant plus des conditions nécessaires au bon accomplissement de leur fonction.

Une des premières missions du professeur principal consiste à tisser les liens entre les élèves d’une même classe, avec leurs représentants légaux ainsi qu’avec ses collègues de l’équipe pédagogique afin d’établir un climat de classe favorisant les apprentissages des élèves.

Comment créer ce climat alors que les élèves ne se connaissent plus, comment agir face à cette explosion du groupe classe, comment atténuer les conflits qui émergent lorsqu’il y a une multiplicité de groupes ? Comment coordonner un groupe classe alors qu’il est constitué d’élèves avec des parcours différents ? Comment faire naître une cohésion entre eux ?

Par ailleurs, le professeur principal a une responsabilité spécifique dans la mise en œuvre des choix d’orientation des élèves. Or, avec la réforme ce sont les enseignements de spécialité qui déterminent ces mêmes choix, puisque les trois spécialités en première et les deux en terminale permettent la sélection des vœux dans Parcoursup. Au vu de ce dispositif, difficile de désigner un enseignant de spécialité professeur principal puisqu’il ne peut, de facto, avoir un groupe classe.

La fausse solution envisagée par le comité de suivi : le PRE

Suite à l’approbation de cette solution par le Ministre, la DGESCO présente un décret soumis au vote du CSE (Conseil supérieur de l’éducation) le 9 avril 2021 pour la mise en place de cette nouvelle fonction. Mais complexifier plus encore une situation déjà floue, n’a jamais constitué une solution acceptable. Ce n’est pas en rajoutant de l’imbroglio à de l’enchevêtrement que l’on simplifie les problèmes, bien au contraire. Créer une fonction de professeur référent qui se surajoutera à celle de professeur principal, risque de brouiller les missions de l’un comme de l’autre. Ni les enseignants ni les élèves ni les familles ne s’y reconnaîtront. Comment dans ces conditions instaurer un temps de communication qui permettrait d’élaborer un véritable suivi global de chaque élève ? Cela est d’autant plus dommageable qu’au bout de tout cela, on trouve Parcoursup et les choix d’orientation des élèves qui, plus qu’auparavant risquent de se retrouver dans un brouillard encore plus épais pour leur entrée dans l’enseignement supérieur. Une fois de plus, cette situation risque de pénaliser les élèves le plus en difficulté.

Le SA-EN déplore que, plutôt que d’anticiper par une réflexion globale de fond, les conséquences néfastes prévisibles d’une réforme des lycées discutable, le ministère a, une fois de plus, du fait de son impréparation, renvoyé au terrain sans lui en donner les moyens. le soin de régler les problèmes. Il a privilégié des mesures jusqu’au-boutistes se contentant de rajouter un ingrédient au casse-tête existant.

Notes

[1Depp, MENJS-DEPP - Ministère de l’Education nationale, de la Jeunesse et des Sports - Direction de l’Evaluation, de la prospective et de la performance. « Les effectifs d’élèves à chaque heure de cours dans le second degré en 2019 »(note d’information°20.43). Novembre 2020