Grenelle de l’Education : les questions de fond restent en coulisses

(actualisé le )

Le Grenelle de l’éducation s’est terminé fin janvier, il est donc temps de revenir sur les propositions des « ateliers de l’incubateur du Grenelle de l’éducation ». Dix thématiques étaient débattues depuis le mois de novembre, la première portant sur : « la revalorisation » des enseignants. D’emblée, l’énoncé de la problématique proposée donne le ton : « Comment contribuer à attirer et conserver les talents à travers une revalorisation financière durable des professeurs, tenant compte des spécificités de leur activité, et une meilleure reconnaissance de leur statut dans la société ». Le SA-EN dénonce cette problématique parce qu’elle biaise le propos en mettant le focus sur l’attractivité au détriment de la question de fond des conditions de travail, le tout paré d’un vocabulaire de management.

Grenelle de l’Education : les questions de fond restent en coulisses
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L’artifice de l’attractivité financière

Introduire la question de la revalorisation à travers :

  • premièrement, la question financière,
  • deuxièmement l’attractivité du métier,

c’est déjà réduire celle-ci aux seules considérations financières sans se préoccuper de la question des conditions d’exercice du métier d’enseignant. Le SA-EN ne peut admettre que l’attractivité soit considérée comme l’objectif premier alors que celle-ci ne devrait être qu’un des moyens au service de la revalorisation. Au contraire, le ministère semble vouloir mettre l’accent sur l’aspect attractivité en proposant ce terme comme entrée des trois axes, « finances, prestations sociales et culturelles et image sociale », pour structurer le débat.
Mais, même si le SA-EN accepte de se situer dans la logique de formulation choisie pour les trois axes, le syndicat constate que les questions de fond n’ont pas été abordées comme elles auraient dû l’être.

Garantir un niveau de pouvoir d’achat n’est pas revaloriser

La lecture des propositions de l’axe concernant « la revalorisation financière » fait apparaître que celle-ci n’est qu’un trompe-l’œil. La proposition, que le SA-EN aurait éventuellement pu apprécier, de la revalorisation salariale donc durable, n’est à l’évidence qu’un effet d’annonce : non seulement elle est directement suivie de propositions d’extension du temps de travail pour les enseignants sous le terme évasif de « veille pédagogique » mais, de plus, elle n’est centrée que sur la question des primes et non sur celle des salaires, ce qui ôte une bonne part de crédibilité à la notion de « durable ». En effet, très vite le discours s’oriente vers le PLF (Projet de Loi de Finances) 2021 avec deux prétendus « rattrapages » financiers, dont on note qu’il s’agit de primes et non d’indices. De ce fait, tous les enseignants n’en seront pas bénéficiaires : pour l’une parce que ne s’appliquant qu’aux enseignants en début de carrière, pour l’autre parce que les enseignants documentalistes et CPE (conseiller principal d’éducation) ne sont pas concernés par la prime informatique. C’est d’ailleurs l’une des caractéristiques des primes que d’être laissées à la libre discrétion de l’administration et de donner lieu à tous les arbitraires possibles.
De plus comment oser parler de revalorisation lorsque nous connaissons le différentiel de salaires entre les enseignants français et leurs homologues européens au détriment des premiers ? Il serait plus juste de parler de rattrapage, puisque l’on se contente de « garantir un niveau de pouvoir d’achat ». Garantir, c’est maintenir : où est la « revalorisation » annoncée ?

La revalorisation passe aussi par l’amélioration des conditions d’exercice.

Ce qui compte aussi pour les professeurs c’est la réussite de leurs élèves. Cette préoccupation passe avant la question de la rémunération, même si celle-ci n’est bien sûr pas négligeable. Voir l’enquête Talis publiée en novembre 2020.
C’est sur ce volet que le Grenelle de l’éducation pêche le plus et fait la preuve qu’il s’agit d’une opération de communication, voire « d’enfumage », d’autant que les propositions présentées montrent à l’évidence qu’elles ne sont pas issues des acteurs de terrain.
Citation (compte rendu de l’atelier Revalorisation, séance 3, Reconnaissance, 9 décembre 2020.) : « Conditions d’exercice du métier : présentation de l’action sociale du ministère et des prestations sociales » Nulle part il n’est question des conditions pédagogiques et didactiques de l’enseignant devant son groupe d’élèves. Nulle part on n’évoque la surcharge des classes, nulle part on n’aborde les questions de la gestion du groupe classe, celle du travail en équipe des enseignants et ce qui permettrait de le rendre possible et attractif (temps de concertation, salles de réunions, outils pédagogiques, temps de formation...). Il est question en revanche de « prestations sociales, dont le logement et les transports », en se contentant d’un vague « La question du temps de travail et de la disponibilité pourront être évoquées. » Parler du logement des enseignants pourquoi pas, cela fait partie de leur bien-être, mais la classe, l’établissement ne sont-ils pas les premiers lieux d’exercice dont il faut se préoccuper si l’on veut traiter de la question des conditions d’exercice du métier de professeur ? La première scène sur laquelle se joue l’acte d’enseigner et celui d’apprendre, c’est bien la salle de classe et son environnement dans l’établissement.

C’est sur ce terrain que le SA-EN aurait voulu que se déroule l’essentiel de la réflexion du Grenelle de l’éducation. En focalisant cet atelier sur les prétendues rémunérations sans traiter le problème de fond du rattrapage salarial et de l’image de l’enseignant dans la société, volets pourtant indispensables au regard du retard accumulé dans ces domaines, le ministère oublie volontairement d’autres pans essentiels des conditions d’exercice : le nombre d’élèves par classe, la possibilité de les dédoubler, les temps de concertation et de formation, une dotation horaire globale plus juste, etc. Faute de cela, le ministère se contente d’amuser la galerie avec une pseudo-consultation qui ne prend nullement en compte les véritables problèmes de la revalorisation des enseignants. Et pour cause, la plupart des participants à ce Grenelle de l’éducation étaient des non-enseignants, dont beaucoup étaient totalement étrangers à la fonction publique.