Copies et corrections numériques : la surprise du chef

Copies et corrections numériques : la surprise du chef
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Le numérique est de plus en plus présent dans notre quotidien, nous apportant son lot d’avantages indéniables mais également sa part de désagréments face à des mutations profondes dont pour certaines il est urgent de s’inquiéter. Les sujets sont nombreux mais nous nous limiterons dans cet article à la question de la correction de copie d’élève numérique.

Les atouts avancés d’ordre pédagogique.

Un des problèmes soulevé est la difficulté de la prise en compte de l’évaluation formative de la correction par les élèves. En effet, les élèves s’attacheraient plus à la note elle-même qu’aux commentaires des enseignants. Pour les défendeurs de la correction numérique, celle-ci permettrait une plus grande interaction avec l’élève dans la mesure où la copie numérisée est considérée comme un outil de communication individuel privilégié entre l’enseignant et ses élèves et faciliterait ainsi une meilleure remédiation.
La copie en format numérique est décrite par ses promoteurs publicitaires comme « un véritable média hautement signifiant et invitant clairement à la remédiation et au dépassement »
On peut cependant noter que ce type de copie installe une communication exclusive d’individu à individu (le professeur / un élève) et fait l’impasse sur une communication avec le groupe classe, ce qui interdit tout retour pédagogique collectif prenant en compte des remarques concernant plusieurs élèves, voire tout le groupe. Dans cette mesure on prive les élèves d’un traitement d’erreurs individuelles qui pourraient profiter à toute la classe.
Ajoutons à cela « l’effet écran » : au propre comme au figuré, le numérique dresse un écran, réel et symbolique entre l’enseignant et ses élèves.

Les atouts cachés d’ordre économique (mêmes types d’erreurs ou de réussite)

Les annonces publicitaires des fournisseurs d’application sont nombreux pour proposer jusqu’à huit applications différentes, à utiliser pour : préparer son évaluation, envoyer et réceptionner la copie de l’élève, écrire des commentaires plus facilement que sur une feuille de papier (on se demande bien pourquoi), copier-coller des appréciations toutes prêtes à partir de bases de données (on retrouve là tout l’apport pédagogique de la chose !), apposer des « émôticones » pour paraître plus « fun » et enfin pour stocker les documents.
Le numérique peut apporter des avancées techniques intéressantes mais nous nous posons, dans ce cas précis, la question de la valeur ajoutée pédagogique au vu d’outils aussi standardisés. Ne peut-on pas faire l’hypothèse qu’il s’agit de créer des besoins de consommation là où un stylo rouge suffirait.
Il est vrai que, sous l’angle économique, le marché peut s’avérer très profitable pour les concepteurs et les vendeurs de ces logiciels. On pourrait dire alors que le numérique nourrit le chiffre (d’affaire).
Par contre, on ne note avec ce dispositif, aucun gain de temps de correction, bien au contraire.

Le Ministère adhère....

Le pas est franchi, les copies de philosophie et de l’épreuve anticipée de français seront dématérialisées pour le baccalauréat. Les enseignants se verront dans l’obligation de corriger les copies sur écran, sans que le ministère se soit préoccupé des conséquences pour eux d’une telle décision.
Pourtant les inconvénients ne sont plus à démontrer, notamment au niveau des conditions de travail pour les enseignants :
La fatigue visuelle en raison du temps de plus en plus long passé devant un écran informatique peut avoir des conséquences néfastes sur l’acuité visuelle, voire engendrer des migraines ophtalmiques et autres maux divers.
afin d’organiser au mieux cette nouvelle forme de travail, les enseignants devront-ils s’équiper à leurs frais d’équipements informatiques supplémentaires ? :
L’aspect chronophage de la correction : en effet, présenté faussement comme plus pratique, la correction numérique demande plus de temps au correcteur, par exemple lorsqu’il souhaite comparer des copies puisqu’il lui faut changer de fichier par allers et retours incessants.

Le SA-EN s’inquiète de cette surenchère dans la détérioration des conditions de travail des enseignants et demande que le ministère revienne sur cette décision. Le SA-EN souhaite que les CHSCT s’emparent de ce problème au plus tôt.
D’autre part, outre la question de la fatigue visuelle, il est incontestable que la compréhension de lecture sur écran, même experte, s’émousse au fur et à mesure de la correction. Ce qui induit une inégalité de fait, de traitement des copies.
Le SA-EN ne peut accepter une inégalité de traitement entre les candidats dans l’évaluation d’un examen national.